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D'une manière récurrente et presque systématique et ce, depuis cinq ans environs, les habitants de la capitale burkinabè connaissent la misère que vivent certaines villes du nord du pays du fait des coupures intempestives d'eau potable.

Firmin Hilaire Dongobada, Responsable des opérations, IRC-Burkina

Depuis cinq (05) ans environ, les populations de la Ville de Ouagadougou, pendant les périodes chaudes de l'année (mars-mai), vivent une crise de l'Eau potable marquée par la non desserte de certaines zones pendant plus de 48 heures d'affilée. L'alimentation en eau potable de la capitale burkinabè et ses environs (communément appelé « grand Ouaga ») est principalement réalisée à partir de la retenue d'eau du barrage de Ziga. Les barrages de Loumbila et de Ouaga 3 (respectivement de 46 Millions de m3 et de 6 millions de m3) sont peu utilisés, sauf en appoint.
Celui de Ziga construit et mis en service en 2004 a une capacité de stockage de 200 millions de m3 qui peuvent couvrir les besoins en eau de « grand Ouaga » au moins jusqu'à l'horizon 2030. La production actuelle d'eau potable n'utilise qu'à peine 25% de la capacité du barrage. À cela s'ajoute les réserves en eau du barrage de Loumbila et de Ouaga 3. Le problème de la disponibilité de la ressource en eau brute qui avait atteint son paroxysme en 1998 ne se pose plus et tous les acteurs le reconnaissent.
Pourtant la crise d'eau est devenue un phénomène récurent pour les populations de la zone concernée. Alors, quelle analyse peut-on faire des causes de cette situation et quelles propositions de solutions à l'endroit des différents acteurs pour éviter dans l'avenir des crises similaires?

De l'analyse des causes du problème

La capacité totale de traitement de l'eau pour la ville est actuellement de 156 000 m3/jour. Cette capacité est répartie entre les stations de traitement de Ziga (108 000 m3) et de Paspanga où est traitée l'eau provenant de Loumbila et de Ouaga 3. Cette capacité de traitement était théoriquement prévue pour couvrir les besoins de la ville à l'horizon 2015 selon un taux d'accroissement annuel de la population d'environ 4%. Selon les statistiques récentes, ce taux de croissance est de 6,32 faussant ainsi les projections. Étant donné que les ouvrages de la phase II consistaient à la réalisation d'une nouvelle station de traitement d'eau potable pour en doubler la production et augmenter la capacité de stockage à travers la ville de Ouagadougou, ceux-ci devraient avoir été mis en service au plus tard en 2015 selon les prévisions de l'ONEA. Mais les travaux n'ont démarré qu'en novembre 2015 et les installations ne pourront être livrées et mises en service qu'au cours du premier semestre 2017.
Un autre aspect à prendre en compte est la question de l'extension de la ville de Ouagadougou. Il y a non seulement l'extension anarchique liée à l'installation spontanée des populations, mais également l'extension planifiée assurée par les travaux de lotissements. Du fait des deux cas, on observe un étalement continu de la ville avec une densité faible qui limite incidemment l'efficacité du développement des services d'eau en réseau.
Selon l'Office national de l'eau et de l'assainissement (ONEA) la capacité théorique de production d'eau potable des installations de traitement est de 156 000 m3/jour face un besoin des populations estimé pendant la canicule à 184 000 m3/Jour (RFI http://www.rfi.fr/afrique/20160501-burkina-faso-penurie-eau-ouagadougou-distribution-alternee). Il y a donc un manque à gagner de 28 000 m3 par jour. Les effets de ce déficit de production d'eau potable ont commencé à se faire ressentir de façon critique depuis 2014. On notait déjà des baisses de pression sans coupure complète. En mars 2015, l'ONEA dans une conférence de presse (http://www.leconomistedufaso.bf/?p=2867)avait annoncé un déficit de production de 14 000 m3 (8% du besoin) pour la période chaude (Mars, Avril et Mai) et prédisait une accentuation de ce déficit en 2016 avec une estimation à environ 28 000 m3 (15% des besoins estimés). Dans la réalité, on se retrouve cette année 2016 (Avril-Mai) avec un déficit de 40 000 m3 (22% des besoins du moment) par jour à cause de certains incidents sur le réseau notamment les délestages de la SONABEL qui alimente les installations de l'ONEA.

De l'analyse des solutions mises en œuvres

Par rapport aux mesures prises, il faut distinguer les mesures structurelles dont l'implémentation judicieuse entraine des solutions durables au déficit de production d'eau potable, et des mesures dites conjoncturelles qui ont pour vocation de juguler la pénurie de façon temporaire.
Au titre des mesures structurelles, l'ONEA a entamé le chantier de réalisation d'une seconde station de traitement d'eau sur le barrage de Ziga en novembre 2015 : « projet Ziga 2 ». En réalité, depuis la conception de l'ensemble du projet Ziga en 1996, différentes phases avaient été identifiées et en particulier la capacité de traitement devait augmenter graduellement de manière à suivre l'accroissement de la population et à éviter les déficits de production d'eau potable. Comme précédemment signifié, il y a eu un important retard dans la mise en œuvre des mesures structurelles qui auraient pu éviter la survenance de la pénurie. Les causes de ces retards nécessitent d'être élucidées et partagées de façon transparente pour rassurer les usagers que de pareilles situations ne se reproduiront plus. Mais d'ores et déjà, de légitimes interrogations peuvent se poser : l'ONEA a-t-elle accusé du retard dans la conception du projet ? L'État qui a la responsabilité de mobiliser le financement pour l'exécution du projet a-t-il accusé du retard à cette étape du processus ? Les partenaires techniques et financiers dont (malheureusement) dépend en grande partie le financement des investissements, ont-ils pris du retard dans la mise en place des ressources nécessaires ? En l'état actuel des choses, ces questions restent posées.
Au-delà des mesures structurelles à la portée des acteurs du secteur de l'eau, il faut répondre à la problématique de l'urbanisation inadaptée au développement des services publics d'eau potable. Un développement urbain basé sur la densification en hauteur s'avère plus pertinente pour le développement des services d'eau en réseau, ce qui est encore loin d'être le cas dans les villes du Burkina Faso en général, et à Ouagadougou en particulier. Cette réponse structurelle relève de la responsabilité des autorités municipales et des autorités nationales en charge de l'urbanisation.
En ce qui concerne les mesures conjoncturelles, l'État a opté pour la distribution alternée, la desserte de certaines zones par camion-citerne et la réalisation de nouveaux forages (dont certains équipés de PMH et d'autres en injection directe dans le réseau) pour renforcer la production d'eau.
La distribution alternée permet d'assurer une certaine équité entre les usagers des zones desservies les habitants pouvant faire des réserves d'eau. Cependant, la fixation du choix des plages horaires de desserte des zones mérite d'être expliquée. Dans certains ménages, l'eau est disponible (7h à 19h) au robinet au moment où les habitants sont hors de leur domicile. Une large concertation aurait permis de mieux optimiser les plages de distribution.
La desserte par camions citernes est une solution d'urgence qui répond efficacement aux situations de crise. La régularité de ce type d'approvisionnement devra être assurée jusqu'à la fin de la période de pénurie.
Cependant, malgré l'urgence de la situation, la solution des forages équipés de PMH à réaliser, mérite d'être mieux cernée avant de la mettre en œuvre. Dans les périphéries d'une ville comme Ouagadougou, la tendance doit être à l'automatisation de la distribution de l'Eau car les PMH remettent à jour la question de la corvée d'eau, augmentent le temps d'attente et donc manifestent une certaine régression dans la qualité du service due aux usagers. L'option des postes d'eau autonomes (forages équipés de pompes électriques solaires ou thermiques alimentant des réservoirs surélevés et distribuant l'eau à travers des robinets) aurait dû être privilégiée.

En claire, la pénurie d'eau dans la ville de Ouagadougou et ses environs est essentiellement due à un déficit structurel de production d'eau potable par les stations de traitement exploitées par l'ONEA. Les mesures structurelles destinées à anticiper cette pénurie n'ont pas été prises dans les délais nécessaires. Les causes et les responsabilités de ces retards restent à situer pour garantir que ce genre de crise ne survienne à l'avenir. Il est aussi important d'alerter les autorités municipales et les autorités en charge de l'urbanisation sur les contraintes liées à l'extension à densité faible de la ville de Ouagadougou qui compromet structurellement l'efficacité du service d'eau potable en réseau. Néanmoins, il faut saluer la plupart des mesures prises pour juguler la pénurie de façon conjoncturelle, notamment la distribution alternée et le déploiement de camions-citernes. Mais la solution des forages à pompe manuelle semble moins pertinente et des postes d'eau autonomes permettant aux usagers d'avoir l'eau au robinet auraient dû être privilégiés.

Juin 2016

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