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Des services d'eau et d'assainissement autonomes et opérationnels, modernes, salubres et répondant à la demande sont des moteurs irremplaçables du développement. Les richesses indirectement générées par de tels services serviront à assurer leur viabilité financière à long terme. C'est pour cette raison que les services devraient être financés principalement par des fonds publics, suppléés par des transferts – pour une durée limitée – et par des redevances. Les redevances, les transferts et les impôts ne sont pas interchangeables et doivent être soigneusement équilibrés. Par exemple, les redevances ne devraient jamais dépasser le montant estimatif des revenus générés par les usagers grâce aux services auxquels ils ont accès.

Une stratégie de financement globale comprend des mécanismes financiers et de régulation garantissant qu'une part suffisamment importante de la richesse générée par la mise en place de services d'AEPHA améliorés sera réinvestie dans le secteur. Cet investissement permettra d'étendre le service à l'ensemble de la population.

Si les équipements sont tellement rudimentaires qu'ils permettent tout juste aux populations de survivre (par exemple un forage équipé ou non d'une pompe manuelle), on ne peut pas dire qu'ils constituent un facteur de développement, car ils ne font que maintenir ces populations au-dessus du seuil d'urgence. Dix ou vingt ans après leur installation, lorsque les ouvrages doivent être réhabilités, renouvelés ou simplement améliorés, on s'apercevra que le système de gestion rudimentaire (lorsqu'il existe) n'aura pas permis d'accumuler un capital suffisant pour effectuer les travaux. Résultat : il faut à nouveau faire appel à de l'aide au développement ou à des transferts pour couvrir les coûts de cette opération d'envergure.

Il existe cependant une demande solvable pour des services d'eau modernes qui conduisent à un développement réel. Dans une région rurale pauvre telle que le Sahel au Burkina Faso, les usagers sont prêts à payer – directement, au moyen de redevances – pour recouvrer les coûts d'exploitation et de maintenance de leur système d'adduction d'eau potable (Pezon, 2014). Les effets bénéfiques sur la santé, le gain de temps et la génération de revenus résultant de ce type de service ne peuvent pas être obtenus par des services d'un niveau inférieur. Et c'est là que l'eau devient une richesse, et que les usagers peuvent contribuer, grâce aux redevances, aux services dont ils bénéficient directement. Et plus tard, ils pourront participer, par le biais des impôts, au développement des services dans tout le pays.

Une stratégie de financement globale comprend des mécanismes financiers et de régulation garantissant qu'une part suffisamment importante de la richesse générée par la mise en place de services d'AEPHA améliorés sera réinvestie dans le secteur. Cet investissement permettra d'étendre le service à l'ensemble de la population. Une telle stratégie permet par ailleurs d'accumuler un capital suffisant pour maintenir les services pour les générations futures.

Il ne fait aucun doute que des investissements publics à grande échelle sont nécessaires pour réaliser l'accès universel aux services d'eau et d'assainissement, et dans ce cadre, il est souhaitable de desservir d'abord les régions où les richesses des bénéficiaires peuvent être rapidement recueillies pour contribuer à de nouveaux investissements et à renforcer les institutions. Cette idée n'est pas nouvelle et il n'y a pas un seul pays au monde qui a atteint l'accès universel sans un apport important de fonds publics, tant pour les services d'eau que pour les services d'assainissement. Partout, le processus a été long, allant parfois jusqu'à un siècle.

Comment réaliser un tel projet dans des pays avec une fiscalité embryonnaire, voire inexistante ? Le défi semble presque insurmontable. Il existe différentes façons de prélever des impôts au profit du secteur de l'AEPHA, et dans de nombreux pays, les usagers bénéficiant d'un raccordement au réseau d'eau constituent une base imposable plus importante que d'autres valeurs taxées (par définition, cela ne concerne que le secteur structuré, c.-à-d. des bénéfices commerciaux ou industriels, l'import/export, la TVA, etc.). Le principal avantage d'une taxation par le biais de la facture d'eau est qu'elle permet une augmentation des recettes publiques proportionnelle à l'augmentation du nombre d'usagers raccordés ou de la consommation d'eau : plus les services se développent, plus il y a de fonds disponibles pour investir dans les équipements et les institutions d'eau et d'assainissement. Il est logique de commencer par le segment où le coût de la fourniture de services par personne est le plus bas, et de terminer par le segment qui coûte le plus cher.

Au début du 20e siècle, dans un pays comme la France, la majorité de la population vivait à la campagne et dépendait de puits ou de sources protégées pour son eau, et n'avait pas accès à des latrines. Des équipements collectifs tels que des abreuvoirs ou des lavoirs commencèrent à apparaître, tandis que le gouvernement renforçait son action dans les campagnes seulement si le taux de maladies liées à l'eau dépassait la moyenne nationale pendant trois années consécutives. Plusieurs plans d'infrastructures rurales de court terme furent mis en œuvre dans la première moitié du 20e siècle, entraînant quelques progrès de la fourniture de services d'eau, mais 13 millions d'habitants des zones rurales n'avaient toujours pas d'eau courante.

En France, dans les derniers villages à être desservi et dont la densité était inférieure à 50 habitants par km2, le coût d'investissement du raccordement au réseau s'élevait à pas moins de 15 000 euros par ménage.

À partir de 1953, une redevance est perçue auprès des usagers raccordés au réseau d'eau. Au début, ce sont surtout les usagers des villes qui payent cette taxe, dont les recettes sont utilisées au profit des habitants des campagnes ; en effet, les populations urbaines étaient déjà toutes desservies, alors qu'un tiers seulement de la population rurale était raccordée. Or, à mesure que plus de ménages ruraux sont raccordés, et que la consommation moyenne par personne augmente, la base imposable de la redevance augmente aussi et permet d'accumuler des ressources financières fiables grâce auxquelles toute la population peut être desservie. Même si ce processus a eu lieu dans un contexte macro-économique très favorable, l'achèvement du processus a mis 35 ans. Dans les derniers villages à être desservi et dont la densité était inférieure à 50 habitants par km2, le coût d'investissement du raccordement au réseau s'élevait à pas moins de 15 000 euros par ménage.

Il y a bien sûr d'autres mécanismes fiscaux permettant de réaliser l'accès universel. Les finances publiques sont une source essentielle et tout à fait valable pour financer les systèmes d'AEPHA dans les pays en développement et méritent plus d'attention, sur la durée (au-delà du capital pour l'investissement) et comme priorité sur l'agenda politique.

Prenons l'exemple du Burkina Faso. Ce pays sahélien enclavé d'Afrique de l'Ouest compte parmi les plus pauvres du monde. Le taux de la population rurale s'élève à 78 % (12 millions d'habitants) et seulement 8 % de la population (1,25 million de personnes) est raccordée à un réseau d'eau. Les usagers raccordés payent une taxe sous forme de TVA qui correspond à 18 % de la facture d'eau. En 2013, le montant perçu au titre de cette taxe s'élevait à environ 10 millions de dollars. Si cette somme est entièrement consacrée au secteur de l'AEPHA, elle permettrait l'extension de 160 petits systèmes d'adduction d'eau potable de petites villes et de pôles de croissance. Dans ces localités, la demande existante passera bientôt à 2000 à 3000 contribuables potentiels par système qui viendront alimenter le fond national pour l'AEPHA. En quatre ans, les ressources disponibles peuvent couvrir l'extension de tous les systèmes d'adduction ruraux du pays et fournir un bon niveau de service à 3 millions de personnes, dont une partie de plus en plus grande cherchera à obtenir un raccordement privé. La base imposable pour la taxe progressera donc de 1,25 million à 4,5 millions d'usagers, ce qui veut dire qu'en 2023, le Burkina Faso pourrait disposer de 40 millions de dollars par an pour investir dans la fourniture de services d'AEPHA dans les zones rurales du pays. Cette somme équivaut aux investissements totaux en capital consacrés à l'approvisionnement en eau des zones rurales en 2011, taxes et aide au développement réunies. En affectant les taxes déjà perçues auprès des usagers raccordés à l'AEPHA et en investissant les recettes de manière à ce que chaque nouveau bénéficiaire devienne un futur contribuable, des travaux d'AEPHA beaucoup plus importants pourraient être réalisés que ce n'est le cas actuellement au Burkina Faso.

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