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Cotonou : comment susciter un sursaut populaire autour de l'EHA ?»

Publié le: 11/10/2010

Il est huit heures au quartier Fidjrossè à Cotonou, la plus grande, la plus belle et la plus moderne des villes du Bénin. C’est ici, à coté des tas d’ordures ménagères, que se dresse l’étalage de Yabo, la vendeuse de beignets. Des tas d’ordures ménagères occupées par des communautés de mouches et de vers logés dans une odeur sordide et caractéristique. Pourtant, Yabo est si fière quand les clients s’entendent dire : demoiselle, vous êtes belle et une si bonne cuisinière !

Un depotoire a Akpakpa quartier de Cotonou_2010

 

Le ballet des conducteurs de taxi motos appelés « zémidjan » et des amis du quartier vous apporte la preuve par neuf de la solidarité des hommes avec les porcs dans la malpropreté! Et ce n’est pas l’homme au vélo qui évitera ce show matinal. Il s’arrête. Descend, gentiment de son vélo et le gare. Ne lui dites surtout pas de s’asseoir. Il lorgne les beignets exposés à tout vent. Il va les sélectionner, comme tout le monde, de ses mains déjà propres depuis la maison. Il les met dans un plat et va les croquer. A la fin de son déjeuner, il paye l’addition et fout le camp. Et si vous voulez savoir, c’est un homme fier! Maintenant, Kokou l’éboueur est là pour son petit déjeuner. Il laisse sa charrette à 5 mètres. L’assistance sent à peine le parfum de ses haillons qui est en harmonie avec l’air ambiant d’ici.

Comme tout le monde, il mange et boit là en toute détente. Dès qu’il se lève, il rejoint la concession d’en face en lançant : « vite, venez vider vos poubelles, je suis pressé ce matin ». Une dame court déverser un sac d’ordures dans la charrette. Une deuxième dame tente, elle aussi, de faire la même chose, mais Kokou la stoppe : « vous, vous n’avez pas payé les frais de ramassage du mois passé, je ne ramasse plus vos ordures ». « Parfait, lui réplique t-elle, je trouverai un moyen de m’en débarrasser ». Kokou continue son chemin d’éboueur qu’il va parcourir durant toute la matinée dans un Bénin où le taux d’évacuation des ordures est de 17%. Si au niveau des agglomérations urbaines le taux est de 39%, en milieux ruraux il est de 3 %. Comme Kokou, ils sont plusieurs dizaines d’éboueurs employés de plus de 77 ONG qui se sont lancées dans la collecte des déchets solides ménagers.

Les ménages abonnés payent 500 FCFA, environ 1 dollar américain [euros] par mois aux éboueurs qui passent de concession en concession avec des brouettes et des charrettes qu’ils chargent en vidant les poubelles des ménages. Très vite, des dunes d’ordures sont constituées dans les banlieues de Cotonou, ainsi que sur certaines parcelles nues. Dès lors, les collectes constituent plutôt des déplacements d’ordures d’un endroit à un autre. Ce qui crée d’autres foyers de pollution.

Des collectrices d'objets plastiques a recycler a Cotonou

La guerre de leadership des ONG ajoutée à la poussée démographique ont entraîné un boom des déchets, et remis sur le tapis le problème de la gestion des ordures. C’est dans ce contexte qu’est né le Projet de gestion des déchets solides ménagers (PGDSM). Il s’agit d’un projet de l’ONG canadienne Oxfam Québec sur appui de l’Agence canadienne pour le développement internationale (ACDI) qui vise à mieux gérer les déchets solides des ménages des villes de Cotonou et de Ouidah. Initié en 2001, le PGDSM a appuyé en matériels de collecte et formé en Gestion axée sur les résultats (GAR) les agents des municipalités, ainsi que les collecteurs.

A Cotonou, plus de 300 femmes récupératrices d’objets plastiques et de bouteilles communément appelées les « Gohoto » (traduction en français de collectrices) ont été appuyées. Elles recyclent les plastiques, les bouteilles et des objets métalliques qu’elles revendent ensuite au marché ou à d’autres artisans qui les transforment pour la fabrication d’arrosoirs ou d’objets en plastiques. Dans le cadre du PGDSM, des groupements féminins sont formés, afin d’assainir le marché populaire de Dantokpa. Ici, les déchets organiques sont transformés en engrais organique et revendu aux jardiniers de la ville qui les utilisent pour leur culture de légumes. Avant la clôture du PGDSM en 2009, un forum des acteurs sur la définition et l’appropriation des mécanismes, des stratégies et de renforcement des capacités des groupes cibles partenaires a permis à l’équipe de coordination de passer définitivement la main aux municipalités afin qu’ensemble avec les autres stakeholders, elles pérennisent les acquis.

L’héritage des prédateurs de l’assainissement

Le PGDSM a permis d’améliorer la gestion urbaine des déchets à Cotonou. Au niveau de la collecte, les éboueurs ont été repartis par zones et par quartier. Cette spécialisation a réduit la guerre de leadership, en même temps qu’elle a amélioré la performance de plus de 77 ONG du secteur. De plus, le don en matériels et les formations ont assis une gestion durable des différents groupes. L’appui des femmes récupératrices d’objets plastiques appelées « Gohoto » et des groupements de femmes collectrices de déchets de Dantokpa entre autres a permis d’améliorer les revenus et d’autonomiser celles-ci. Sur financement de l’ACDI (Agence canadienne de développement international), la société québécoise Dessau-Soprin a aménagé un emplacement pour l’acheminement des déchets des éboueurs ; ce qui a permis un temps soit peu une rupture avec l’exposition des ordures à ciel ouvert. Selon Boniface Kokou, éboueur à Fidjrossè, « l’aménagement d’un endroit pour l’enfouissement permet d’éviter plusieurs choses.

D’abord, il s’agit d’un endroit fixe. Ensuite, il est sécurisé et on ne craint pas d’y être refoulé du jour au lendemain par le propriétaire terrien comme c’était le cas par le passé ». Laurent Gautier, ancien directeur du PGDSM, pense que des progrès ont été faits, notamment dans le sens d’une gestion rationnelle des déchets solides ménagers et biomédicaux. Cependant, l’abonnement aux ONG de collecte des déchets étant facultatif et payant, plusieurs ménages, pauvres ou non choisissent de jeter les ordures sur les parcelles encore nues dans la ville de Cotonou, dans les caniveaux ou encore dans les coins de rues. De plus, les collecteurs de déchets fréquentent peu les quartiers non lotis, laissant ainsi les populations gérer les déchets à leur guise. Dans les quartiers les plus insoupçonnés de la ville, les tas d’immondices vous alertent dans les 100 mètres. Un petit tour aux confins des marchés de Dantokpa ou de Missèbo vous fera toucher du doigt l’immensité du chantier de l’assainissement à Cotonou. Selon la mairie de Cotonou, sur les 700 tonnes de déchets produits tous les jours par le marché Dantokpa, la mairie enlève moins de 500 tonnes (source).

Certains propriétaires de logement incluent les frais des éboueurs dans les charges de location, mais cette stratégie reste encore à être généralisée. Une vaste campagne durable de sensibilisation et d’action dans les grands centres de consommations de Cotonou pourrait permettre d’avancer un tout petit peu dans l’intégration de l’assainissement dans les mœurs du publiques des populations au Bénin.

Pacôme Tomètissi (tometissi@gmail.com), Bénin

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