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Et si on impliquait davantage les coutumiers et les religieux dans la promotion de l’assainissement ?

Publié le: 16/02/2015

Faute d'un statut social élevé, les hygiénistes locaux formés pour faire la promotion de l'assainissement familial en milieu rural ont un impact limité. Le recours aux coutumiers et au religieux qui jouissent d'une plus grande écoute ne serait pas superflu.

Je me rappelle que lorsque j'étais étudiant, l'un de nos enseignants aimait à nous répéter qu' « en milieu rural le message ne vaut que par son porteur ». Les jeunes citadins inexpérimentés que nous étions à l'époque écoutaient avec circonspection. Nous étions convaincus qu'un bon encodage (mise en forme de l'intelligibilité du message) et une transmission minimisant « les bruits » (fluide) du message suffisaient. Nous avions tort évidemment ! Mais ça, je ne le découvrirai que bien des années plus tard. Cette erreur, je ne suis pas le seul à la commettre. Il me semble qu'une bonne partie du secteur de l'eau, hygiène et assainissement pense et agit comme moi et mes camarades d'antan ; du moins lorsqu'il s'agit de faire la promotion de l'assainissement et de l'hygiène.

Le secteur a produit avec grand soin des messages de sensibilisation de grande qualité et facile à comprendre par tous. La diffusion et la sensibilisation sont confiées à des hygiénistes locaux, recrutés et formés par les professionnels l'hygiène et assainissement et ceux de la santé. Ils rendent visitent aux ménages pour les convaincre à adopter de comportements sains en matière d'hygiène et assainissement. Les hygiénistes font également la promotion pour la construction de latrines familiales. Dans la quasi-totalité des projets et programmes d'assainissement, on retrouve 2 hygiénistes par village. Sur le papier, un tel schéma fonctionne parfaitement. Mais dans les faits, les résultats obtenus sont mitigés. Les rapports de tournées des hygiénistes font état de leur activisme parfois vain : le nombre de visites dans les ménages sont élevés. A contrario, les changements observés sont moyens voire faibles.

Réinventer l'eau chaude

Ce n'est ni le professionnalisme ni le dévouement des hygiénistes qui sont en cause dans ce présent propos. Ils sont irréprochables sur ces points. En revanche, j'émets de sérieux doutes sur leur légitimité à porter un tel discours. Je vois d'ici l'indignation que cela suscitera sans doute auprès des professionnels éprouvés mais trop ancrés dans la routine et les schémas classiques. A chaque nouveau projet ou programme, on a recours aux mêmes outils et messages déjà disponibles. Après tout, à quoi bon réinventer l'eau chaude ? Oui, j'ose vous le dire : « il faut réinventer l'eau chaude » en trouvant un meilleur combustible. Je précise ma pensée en nous invitant à impliquer davantage les coutumiers et les religieux. Cela est marqué dans tous les documents de promotion de l'assainissement mais rarement mis en œuvre dans les programmes. Si je me pose en avocat d'une telle approche, c'est parce que j'ai été témoin des résultats probants de la démarche.

Le 19 novembre dernier, date commémorative de la journée mondiale des toilettes, j'ai assisté dans le village de Somyaga, dans les faubourgs de Ouahigouya, a une manifestation publique qui m'a ouvert les yeux. Organisée par le secrétariat permanent des ONG (SPONG), l'ANAR - dont le président est également chef de Somyaga- et IRC, cette conférence a connu une forte mobilisation des populations rurales. Le roi du Yatenga dépêcha des envoyés, des têtes couronnées également, qui ont tenu à souligner l'importance des services d'assainissement sur l'amélioration des conditions de vie des populations.
L'attention qu'ils ont eue, aucun hygiéniste, quelle que soit sa compétence, ne l'aurait eue. La Directrice régionale de l'eau, des aménagements hydrauliques et de l'assainissement et le représentant de la direction régionale de la santé, présents à la manifestation n'eurent pas droit à la même attention que le chef. Depuis des siècles, les chefs ont une forte influence sur leurs « sujets ». On le constate notamment en période électorale au cours de laquelle les consignes de vote sont données par certains chefs et scrupuleusement respectées par les populations. Il est impératif d'exploiter cette ressource pour le marketing de l'assainissement. Les hygiénistes viendraient alors en soutien pour donner des explications et les conseils liés à la gestion des ouvrages après que le déclenchement a été fait par le chef.

Solutions pérennes

Dans le même ordre d'idées, on peut recourir aux chefs religieux (imams, prêtres, pasteurs) pour faire de la sensibilisation pour la construction de latrine et le respect des règles d'hygiène. Imaginez un instant l'impact auprès des fidèles d'un sermon ou d'une prêche invitant les ménages à construire des latrines ? Les argumentaires bâtis sur des versets sacrés ont plus de chance de convaincre les adeptes que le meilleur des discours techniques. Toutes les religions disent qu'il faut éviter de causer du tort à son prochain. Pourtant, déféquer dans la nature peut causer du tort à plusieurs niveaux à tous les êtres vivants : contamination des eaux, source de maladies, nuisances visuelle et olfactive... Je crois que c'est vers là qu'il faille guider nos leaders religieux car pour sauver l'âme, il convient d'abord de sauver la chair ! Le pouvoir de persuasion leaders (coutumiers et religieux) a déjà fait ses preuves dans la lutte contre mutilations génitales féminines qui a été pendant longtemps justifiée par la religion et la coutume. Depuis qu'ils sont à la pointe du combat pour l'éradication de l'excision, il y a un recul considérable de cette pratique. De la même façon que le monde de la promotion des droits de la femme a réussi à mobiliser ces leaders, nous pouvons avec de l'imagination leur faire porter nos messages forts.

Le recourir aux coutumiers et aux religieux outre d'assurer une mobilisation formidable et un engagement plus poussé des populations, offre l'avantage d'être plus pérenne. Il permet également de faire des économies. L'hygiéniste reçoit une rémunération en contrepartie de son action. Il cesse automatiquement son travail dès la fin du projet. Les religieux et les coutumiers non. Ils vivent au sein des communautés et y seront pour toujours.

Ce billet ne prétend pas être une vérité coulée dans du marbre mais une amorce voire une invite à la réflexion sur nos approches et nos façons de faire. Le pays s'est engagé à « assurer l'accès à des services d'assainissement à toute personne vivant au Burkina d'ici à l'horizon 2030 ». Pour sa concrétisation nous avons besoin de l'implication de tous ; une implication qui va au-delà des pratiques classiques. Lors de la cérémonie de Somyaga, de jeunes écoliers encadrés par leurs enseignants ont joué une pièce de théâtre pour sensibiliser leurs parents sur l'importance des latrines et l'adoption de comportements hygiéniques. Cela me donne une autre idée sur l'implication des maîtres d'écoles dans la promotion de l'assainissement. La collaboration avec les maîtres fera l'objet d'un prochain billet.

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