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Quand la présence de latrine ne suffit pas

Publié le: 04/02/2015

Selon l'UNICEF, la majorité des écoles du Burkina Faso ne disposent pas de d'installations sanitaires ou d'eau potable. Ce constat est décrit comme l'un des obstacles majeurs à l'éducation des enfants.

Les enfants s'absentent souvent pendant les heures de cours afin de trouver un endroit pour se soulager, et sont davantage absents parce que souffrant de maladies hydriques directement liées au manque d'installations sanitaires. Une récente étude menée au Bangladesh démontre le lien entre les inscriptions scolaires, surtout pour ce qui concerne les filles, et l'hygiène des écoles, surtout pour ce qui concerne la scolarisation des filles. Les écoles qui n'offrent pas d'alternatives pour palier au problème de la défécation en plein air ont des taux d'absentéisme et d'abandon scolaire élevés, surtout à la période pubertaire. En effet, études étayent . Ceci explique pourquoi l'installation des latrines est identifiée comme étant l'un des facteurs clés qui aide les écoliers, particulièrement les filles, à jouir pleinement de leurs droits à l'éducation.

On trouve des latrines dans certaines écoles. Cependant, elles n'y sont pas en présence et en qualité suffisante pour répondre aux besoins des élèves. Tel est le cas de l'établissement secondaire de Bantogdo, une communauté rurale de la périphérie de Ouagadougou au Burkina Faso. En dépit de l'existence de latrines séparées pour les filles et pour les garçons au sein de l'établissement, de nombreux élèves évitent de les utiliser et préfèrent plutôt se soulager dans les buissons situés à proximité. Selon les dires des élèves eux-mêmes, les latrines disponibles sont en nombre insuffisant par rapport au nombre d'élèves inscrits; de plus, les trous de défécation des latrines sont si petits qu'ils urinent et défèquent souvent à côté. L'absence d'eau propre dans le périmètre de l'école, fait en sorte que les élèves ne peuvent laver les latrines après leurs besoins, ce qui conduit à des situations non seulement non hygiéniques, mais aussi embarrassantes pour les élèves. Face à cette question d'insalubrité des latrines et de leur puanteur, les élèves se sont exprimés en faveur de la seule alternative : la défécation en plein air.

Les installations sanitaires adaptées pour les règles jouent un rôle central dans la réduction des taux d'absentéisme et d'abandon scolaire des filles

En atteignant un certain âge, les filles ont besoin d'intimité pour leur hygiène personnelle. C'est le cas quand elles commencent à voir leurs règles. Certaines écolières de Bantogdo qui ont entre 14 et 20 ans, ont accepté de se confier sur le dilemme sanitaire auquel elles font face au quotidien. Utiliser les installations sanitaires de l'école revient à s'exposer aux excréments et à l'odeur nauséabonde qui s'en dégage. Cette situation, ont-elles expliqué, comporte des risques de contraction d'infection urinaire du fait qu'elles s'accroupissent au-dessus du trou de défécation de la fosse. C'est la principale différence entre les filles et les garçons, car ces derniers peuvent uriner en restant debout. Les filles expliquent que les garçons sont mieux lotis pour se soulager en public car cela n'implique pas grand-chose en terme de honte pour eux. « Les filles ont plus besoin de se cacher », affirme Noélie qui a 19 ans, quand elle montrait pourquoi il faut plus de temps aux filles pour trouver un endroit propice pour se soulager. La peur d'être vue, ou pire encore, de se faire agresser, est l'un des problèmes auxquels les écolières de Bantogdo font face chaque jour. Pour la majorité d'entre elles, et malgré leurs efforts pour réduire au maximum le temps qu'elles perdent à la recherche d'endroits pour se soulager, elles perdent malgré tout de 10 à 20 minutes d'heures de cours par jour, même quand elles s'arrangent pour partir dès le début de la pause.

En outre, les écolières de Bantogdo ont dépeint les difficultés supplémentaires qu'elles rencontrent quand surviennent leurs règles. Le manque d'eau fait qu'elles ne peuvent pas se nettoyer proprement ou se rafraichir à l'école, et l'état insalubre des latrines ne leur offrent pas un lieu adéquat pour changer leurs serviettes sanitaires. Elles préfèrent le faire en plein air. Comme l'a expliqué Noelie, « On n'a pas de serviettes sanitaires modernes pour se changer, donc on utilise des bandes de tissus. Si elles sont trop souillées, on est obligé de les enlever, de les mettre dans des sachets de plastique et de les cacher dans les buissons. A la fin des classes à 17 heures, on passe les prendre avant de rentrer à la maison ». Celles qui vivent à proximité de l'école ont pour avantage de pouvoir aller chez elles rapidement, se nettoyer et enlever leurs bandes de tissus souillées. Par contre, ce n'est pas le cas de celles qui vivent à plusieurs kilomètres de l'école et qui n'ont aucune autre option. Disposer d'un endroit dans l'école où elles peuvent se changer et se nettoyer discrètement, disent-elles, leur permettrait de gérer plus facilement de leurs règles pendant les heures de cours.

Il a été prouvé que les installations sanitaires adaptées pour les règles, jouent un rôle central dans la réduction des taux d'absentéisme et d'abandon scolaire des filles. Une étude menée au Burkina Faso montre pourtant que ce concept reste quasi inexistant dans les écoles du pays. Cette situation est particulièrement inquiétante dans la mesure où selon cette même étude, 21% des filles du Burkina Faso affirment leurs règles causent des jours entiers d'absence par mois. Lydie Sanogo, enseignante à l'école de Bantogdo, dit comprendre le choix des élèves de ne pas utiliser les latrines scolaires et reconnait qu'elles doivent faire face à des défis surtout quand elles ont leurs règles:

Étant donné que la plupart des écoles du Burkina Faso ne disposent pas de latrines ni d'eau potable, cette question doit alors être abordée afin d'améliorer le droit à l'éducation des enfants à travers le pays. Cependant, comme l'illustre le cas de l'école de Bantogdo, l'existence de latrines ne constitue pas d'emblée une alternative réelle à la défécation en plein air pour les élèves. Lutter contre les taux élevés d'absentéisme et d'abandon scolaire, surtout pour ce qui concerne les filles, revient à doter les écoles de latrines de qualité et en nombre suffisant, qui en plus doivent inclure des installations sanitaires appropriées pour répondre aux besoins spécifiques des filles. De cette manière, comprendre, prioriser et satisfaire les besoins des filles en termes d'installations sanitaires à l'école, constitue un élément crucial dans la matérialisation de la vision d'IRC, qui est celle d'assurer des services d'eau et d'assainissement durables, pour tout le Burkina Faso.

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