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Le pari d'offrir une vie plus décente à la femme burkinabè peut être bel et bien gagné. Il suffit de s'engager dans la voie salutaire, surtout à l'occasion de cette journée mondiale de la femme.

Cette année, j'offre des toilettes à mes parents! C'est le slogan de l'affiche de Fasotoilettes, une campagne pour mettre fin à la défécation à l'air libre et donc à l'amélioration des conditions de vie des populations burkinabè. L'initiative a pour père, IRC, un centre d'expertise dont la préoccupation majeure est de rendre facile l'accès à l'eau potable et à l'assainissement pour les populations. Depuis sa naissance, la campagne a été adoptée par l'épouse du chef de l'Etat burkinabè qui en a fait son cheval de bataille, parce que soucieuse du mieux-être de ses compatriotes, et surtout du bien-être de la femme burkinabè. Couche fortement vulnérable, la femme, dans le monde, et plus particulièrement au Burkina Faso, représente plus de la moitié de la population mais porte également presque la totalité des faix de la société. Ce fardeau dont elle se charge le matin pour ne s'en défaire que tard dans la nuit pour le reprendre très tôt le lendemain, commence par la corvée d'eau. Une tâche qu'elle accomplit au quotidien, que ce soit en ville où elle doit faire des réserves d'eau, compte tenu des fréquentes coupures de la distribution du précieux liquide, ou en milieu rural où elle doit veiller à la seule borne fontaine du quartier pour essayer d'approvisionner toute la famille. Dans certains villages la situation est simplement alarmante, car en plein 21è siècle, la femme continue de parcourir des dizaines de kilomètres, jarres ou sceaux sur la tête, pour se rendre au puits ou à la rivière pour se ravitailler en eau, du reste de qualité très douteuse, et donc agent causal de bien de maladies d'origine hydrique.

L'autre calvaire de la femme, c'est l'accès à des toilettes décentes. Chaque jour au Burkina Faso, à en croire des statistiques effrayantes, 4,8 millions de femmes risquent leur sécurité, leur dignité et leur santé car elles sont contraintes de s'isoler dans la nature pour satisfaire un besoin naturel. Les chiffres sont d'autant plus désespérants qu'ils mettent en relief la misère quotidienne des femmes enceintes qui doivent s'accroupir derrière un buisson au risque de se faire piquer par un serpent, des femmes allaitantes qui doivent se cacher de leur bébé pour satisfaire un besoin naturel en brousse, des veilles femmes qui, malgré leur âge très avancé doivent faire des distances inimaginables pour se soulager, des femmes malades, etc. Dans cette énumération où les dangers du manque d'assainissement se conjuguent au féminin, on ne saurait occulter les menaces de viol qui pèsent sur la femme ou les incompréhensions que peuvent provoquer son absence jugée trop longue de la maison, par un époux trop jaloux! Dans l'espoir d'un monde plus heureux et surtout de développement pour des pays africains où tout est priorité, la campagne Fasotoilettes qui visait, pour l'année 2017 la construction par les populations elles-mêmes, de 100 000 latrines au Burkina Faso, a donc toute sa place.

Il est donc plus qu'urgent, pour le mieux-être de la femme, et donc de la société, que chaque Burkinabè s'engage à être un soldat pour l'accès à l'eau et à l'assainissement. Il faut s'engager à renverser la tendance officielle des 9,3 millions de burkinabè qui défèquent au quotidien à l'air libre, provoquant ainsi le rejet dans la nature de 1400 tonnes d'excréments humains sans précaution ni traitement. Résultat des courses, on assiste à la pollution grandeur nature des eaux, des sols, des cultures agricoles, etc. Les chiffres cités par IRC sont éloquents, 70% des lits d'hôpitaux sont occupés par des malades victimes de manque d'assainissement, et du fait de la croissance démographique, il y a chaque jour 873 nouvelles personnes qui viennent gonfler le groupe des défécateurs dans la nature au Burkina Faso. La solidarité familiale étant une pratique courante qui permet aux familles vulnérables de satisfaire plusieurs besoins sociaux grâce au soutien des parents ayant un peu plus de moyens, le pari d'offrir une vie plus décente à la femme burkinabè peut être bel et bien gagné. Il suffit de s'engager dans la voie salutaire, surtout à l'occasion de cette journée mondiale de la femme.

Par Wakat Séra